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AUTISME:
DIAGNOSTIC, BILAN ET PRISE EN CHARGE Avec
l'aimable autorisation du Quotidien du Médecin.
http://www.quotimed.com/ Article
du Dr Armelle LOURY-GUILLOTIN, Publié en trois partie dans
le quotidien du médecin (2, 3 et 11 décembre 2002) Autisme :
la présentation clinique est extrêmement hétérogène L'autisme
est un trouble neuro-développemental dans lequel existent probablement
des troubles de l'intégration et du traitement de l'information. La présentation
clinique est extrêmement hétérogène. Un
trépied symptomatique Pour
poser le diagnostic d'autisme, il est nécessaire de retrouver chez
l'enfant les trois troubles suivant : - des
troubles de la communication : le langage, quand il existe, n'est
pas utilisé dans un but relationnel ; il existe souvent des créations
de mots, des anomalies de syntaxe, des inversions pronominales (tu/je).
Si le langage n'existe pas, l'enfant est incapable de mimer une
situation gestuelle, le geste de relation est absent (il ne tend pas les
bras, n'envoie pas de baiser) ; - l'enfant
autiste présente un comportement stéréotypé (stéréotypies
motrices), ritualisé (avec une grande intolérance au changement) et
n'a pas accès au jeu symbolique. En
outre, pour pouvoir parler d'autisme infantile, cette symptomatologie
doit apparaître avant l'âge de trois ans. En général, les premiers
signes sont présents dès la première année, mais le diagnostic est
difficile devant un petit enfant qui se développe normalement et présente
un pseudo-épisode de cassure développementale et des régressions dans
le domaine de l'interaction. Les
différentes formes Dans
le syndrome d'Asperger, on se trouve devant un enfant qui se développe
bien. Les premiers mots sont dits avant 2 ans, il n'y a pas de
retard de langage. Le langage est de très bonne qualité, adultomorphe.
C'est un enfant qui a l'air plutôt doué, avec une bonne intégration
en maternelle bien qu'il n'ait pas beaucoup de copains, qu'il soit
souvent dans son coin et « saoule » un peu la maîtresse
avec son sujet favori. En CP, il a un bon niveau mais la socialisation
ne s'arrange pas, il a du mal à sortir de ses intérêts, ne peut pas
travailler en groupe, la dimension relationnelle est de plus en plus altérée.
Ces enfants sont alors souvent envoyés en consultation pour dépression
ou enfant surdoué. On retrouve alors les intérêts restreints, les
atypicités de langage et les stéréotypies motrices. A l'évaluation
psychométrique, le QI est bon, le verbal notamment, mais pour le QI
performance, on retrouve un effondrement à certains subtests. L'autisme
« de haut niveau » comporte tous les critères de l'autisme
infantile, mais au cours du développement, le niveau cognitif rattrape
la normale. Ces enfants sont un peu moins performants que le syndrome
d'Asperger en verbal. Il existe des troubles du langage, mais ils ont
aussi le profil cognitif en dent de scie. Ils peuvent notamment avoir
des scores au-dessus de la normale pour les subtests qui concernent la mémoire
et le visioconstructif. Il est donc nécessaire de bien prendre en
considération le QI verbal et de performance et non le QI global pour
pouvoir distinguer ces anomalies liées probablement à des traitements
de l'information différents chez ces enfants. Les
troubles envahissants du développement non spécifiés Le
syndrome de Rett est une pathologie probablement neuro-dégénérative
d'origine génétique qui touche filles et garçons. C'est une encéphalopathie
qui survient pendant la première année sur un bébé qui évoluait très
bien. Puis il se produit une altération du développement qui démarre
généralement dans la sphère des interactions et de la communication
(ne joue plus, ne regarde plus, ne parle plus). Au fur à mesure de l'évolution
de ce syndrome vont apparaître les signes cliniques psychomoteurs
aboutissant à un processus d'évolution démentielle. Sur le plan
clinique, ces enfants ont une non-progression du périmètre crânien.
Le pronostic est sombre, avec très peu de marge thérapeutique et la
perte progressive de tous les acquis cognitifs et moteurs. Il existe
aussi des stéréotypies centrales, notamment avec les mains,
l'association à une épilepsie est possible. La scolarisation n'est pas
possible en général. Autisme :
chercher des pathologies associées et faire un bilan complet De
présentation clinique polymorphe et hétérogène (cf. « le
Quotidien » du 2 décembre), l'autisme est fréquemment
associé à d'autres anomalies dont le traitement peut être parallèle
et indépendant. Le diagnostic et le traitement de ce syndrome complexe
nécessitent une prise en charge pluridisciplinaire. Pathologies
associées Les
pathologies le plus fréquemment associées à l'autisme sont : - le
retard mental, dans 75 % des cas, mais de façon très hétérogène ; -
l'épilepsie, qui est présente chez 25 à 30 % des enfants
autistes. C'est pourquoi on demande très fréquemment un EEG dans
le bilan diagnostique de l'autisme ; -
les pathologies génétiques, qui sont systématiquement recherchées
dans l'autisme par l'étude du caryotype de nouvelle génération car,
en dehors de l'X fragile, on peut trouver des trisomies, des délétions,
des cassures qui peuvent intéresser presque tous les chromosomes ; Toute
une équipe Le
bilan de l'autisme nécessite une prise en charge par toute une équipe.
Les pédiatres, médecins de PMI, médecins généralistes peuvent aider
à la détection précoce de cette maladie. Ensuite, l'enfant sera
orienté sur un centre de diagnostic où le pédopsychiatre demandera
une consultation en ORL, si cela n'a pas été fait, pour éliminer une
surdité. Une consultation en neurologie permettra de rechercher une
pathologie associée éventuelle en demandant aussi un EEG et une IRM.
Une consultation génétique permettra de détecter une pathologie
chromosomique (et si cela est nécessaire on effectuera une étude des
parents ou de la fratrie). Une consultation en dermatologie peut être
proposée s'il y a, par exemple, un doute sur des taches achromiques.
Les examens biochimiques dépisteront une possible maladie métabolique. Evaluation
du syndrome autistique L'évaluation
du syndrome autistique est très importante car c'est d'elle que découlera
la stratégie thérapeutique qui doit être adaptée au cas par cas. En
effet, ces enfants n'ont pas tous le même niveau cognitif, les mêmes
troubles du comportement et probablement pas les mêmes facteurs étiopathogéniques.
Il faut donc effectuer un bilan individuel mené avec des outils
standardisés, validés, spécifiques, tels que l'entretien diagnostique
avec les parents (ADI : Autistic Diagnostic Interview) qui reprend
tous les stades du développement et recherche à chaque stade des éléments
spécifiques ou non du syndrome autistique. Ensuite, il faut faire une
observation directe de l'enfant, évaluant la symptomatologie par des échelles
standardisées (ECA : échelle de comportement autistique) qui
prennent en compte non seulement les symptômes autistiques purs, mais
aussi les troubles du comportement fréquemment associés :
hyperactivité motrice fréquente, parfois hypoactivité, conduites
d'automutilation, hétéroagressivité (peu fréquente et plutôt à la
période de l'adolescence), troubles du sommeil qui peuvent être
majeurs (enfant qui dort deux ou trois heures par nuit et qui n'est pas
fatigué) et troubles de l'alimentation (il n'arrive pas à manger en
morceaux, est très sélectif sur l'alimentation). Développement
cognitif, socialisation, autonomie Il
faut également avoir un profil du développement cognitif, du développement
de la socialisation et de l'autonomie. Pour
le développement cognitif, il existe les tests classiques lorsqu'ils
sont réalisables, mais ils sont totalement inadaptés lorsqu'il n'y a
pas de langage et qu'existe un problème relationnel. D'autres tests
tels que le PEPR (profil psycho-éducatif révisé) peuvent donner un
profil dans chaque secteur du développement que l'on explore et coter
les émergences, ce qui est très important pour orienter les techniques
de rééducation. Le but étant de refaire ce profil un an après le début
des rééducations pour juger de l'évolution. Il existe aussi les échelles
de WINELAND que l'on passe avec les parents. Elles permettent d'explorer
l'autonomie et la socialisation à la maison et doivent aussi être
refaites à un an de distance. Autisme :
facteurs étiopathogéniques et prise en charge La
variabilité clinique de l'autisme est très importante, la comorbidité
avec d'autres troubles somatiques est massive («le Quotidien »
des 2 et 3 décembre) ; ce qui laisse supposer la
responsabilité de plusieurs facteurs étiopathogéniques dans la genèse
de ce syndrome complexe. La prise en charge doit tenir compte de cette
complexité. LES
PISTES A
l'heure actuelle, les pistes de recherches sont surtout
neurobiochimiques, génétiques et neurocognitives. Piste
neurobiochimique La
piste neurobiochimique a pour but d'essayer d'avoir, au sein du
syndrome, des sous-groupes homogènes caractérisés par un indice
biochimique commun et à partir de là, de pouvoir réfléchir sur des
pistes thérapeutiques. Certains
enfants (30 à 40 %) ont des taux élevés de sérotonine.
Chez le sujet normal, pendant la période de « construction »
du système nerveux central, les taux de sérotonine sont très élevés
jusqu'à 6 ans, puis ils diminuent pour arriver au taux adulte vers
18 ans. Dans une population d'enfants autistes, on retrouve une
courbe linéaire, sans décroissance de la sérotonine dont l'interprétation
est encore délicate aujourd'hui. Cette
anomalie est retrouvée chez les apparentés du premier degré (surtout
mère et fratrie).
Piste
génétique La
piste génétique a été niée pendant très longtemps car on ne
connaissait pas de transmission verticale de la maladie (très souvent
les autistes n'ont pas d'enfants). La fréquence de cette maladie était
très faible chez les apparentés et, avec les anciennes techniques,
aucune anomalie chromosomique n'était retrouvée. Grâce à l'évolution
des techniques, on connaît maintenant la prévalence de la maladie (1/1000).
Le risque pour la fratrie est de 4,5 % et le risque relatif pour un
frère ou une sœur d'autiste est cinquante fois plus élevé que dans
la population normale. Il s'agit donc d'une maladie hautement génétique
mais pas seulement. En effet, en étudiant une population de jumeaux on
retrouve une concordance de 0,6 % chez les dizygotes et de 90 %
chez les monozygotes. Il existe donc des facteurs de susceptibilité génétique
nécessitant la présence de facteurs environnementaux (infectieux ?,
accidents néonataux ?...) pour qu'ils s'expriment. Il
semble que l'autisme rentre dans le cadre des maladies polygéniques ;
de trois à quinze gènes peuvent être concernés, chaque anomalie a un
poids modéré mais la coaction de tous ces gènes est à l'origine du
syndrome. Le mode de transmission est actuellement inconnu. Piste
neuro-cognitive L'imagerie
fonctionnelle ne retrouve pas d'anomalie majeure de la formation
anatomique du cerveau. Par contre, chez l'enfant autiste on remarque une
croissance importante de la masse cérébrale entre 2 et 4 ans
mais qui aboutit à 5 ans à un cerveau normal. Toutes
ces études sont encore en cours, et la recherche doit continuer pour
affiner la compréhension de cette pathologie extrêmement complexe et
peut-être aider à la mise en place de schémas thérapeutiques. PRISE
EN CHARGE Parcours
du combattant Cette
prise en charge est pour les parents un vrai parcours du combattant du
fait de l'absence de structures adaptées et du nombre insuffisant de rééducateurs
spécialisés. L'idéal
serait une adaptation au cas par cas. La rééducation de la
communication est capitale quelle que soit la profondeur du trouble.
Elle doit avoir lieu deux à trois fois par semaine car chaque séance
est très courte, la capacité attentionnelle de ces enfants étant très
faible. Rééducation
de la socialisation La
rééducation de la socialisation (notamment dans le syndrome
d'Asperger) est fondamentale pour améliorer l'autonomie (apprendre
la signification d'un regard, la compréhension du langage imagé par
exemple). Rééducation
psychomotrice La
rééducation psychomotrice peut également être une aide. Une prise en
charge éducative et comportementale est aussi importante ainsi que le
soutien psychologique nécessaire, notamment au moment de l'adolescence
lorsque la personne autiste prend pleinement conscience de ses difficultés
de socialisation. Traitements
médicamenteux Dans
des cas précis, des traitements médicamenteux peuvent apporter une
aide considérable pour réduire les troubles du comportement qui
peuvent compromettre gravement l'intégration de l'enfant dans sa
famille et dans la société. Cela concerne notamment le traitement de
l'hyperactivité, de l'automutilation, des stéréotypies, des rituels
envahissants et des troubles du sommeil. L'utilisation des médicaments
psychotropes impose de cibler correctement le trouble du comportement.
Il faut débuter à faible dose et augmenter de façon très progressive
le traitement en évaluant à chaque étape la réponse sur la cible
choisie et la tolérance, en évitant les prescriptions multiples et en
réévaluant l'indication dans le temps. L'intégration
doit dans la mesure du possible se faire dans un environnement adapté
au profil. Contrats
d'intégration Dans
les cas où l'intégration est possible, il est nécessaire de développer
des contrats d'intégration avec l'Education nationale, d'obtenir des
auxiliaires d'intégration et de développer un travail de collaboration
entre l'équipe pédagogique et tous les intervenants. Dr Armelle
LOURY-GUILLOTIN D'après
une conférence du Dr Chabane (pédopsychiatre, spécialisée dans
les troubles du comportement, hôpital Robert-Debré) dans le cadre des
formations organisées par le service de santé scolaire de la DASES de
Paris. Le Dr Chabane et l'équipe de l'INSERM (U513) mènent un programme de recherche génétique pour lequel ils recrutent des familles ayant deux enfants atteints d'autisme
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